Transmission d’entreprise en 2027 : 5 règles qui changent

Transmission ou cession en 2027 : apport-cession à 70 %, Dutreil 6 ans, pacte Papin, don familial. Cas chiffré sur une PME à 3 M€ pour sécuriser votre montage.

Stéphane Torregrosa

Publié le 21 octobre 2026

Clé d'entreprise posée sur un registre de mouvements de titres, symbole de la transmission et de la cession d'entreprise

Sommaire

Temps de lecture : 14 minutes

Mis à jour en octobre 2026

🔍 L’article en bref

  • Apport-cession : depuis le 21/02/2026, la holding doit réinvestir 70 % du prix en 3 ans et conserver ces actifs 5 ans.
  • Pacte Dutreil : l’engagement individuel passe de 4 à 6 ans pour les transmissions depuis le 21/02/2026 ; l’exonération de 75 % est maintenue.
  • Biens somptuaires : logements, véhicules de tourisme, yachts, œuvres d’art ou vins non affectés à l’activité sortent de l’exonération Dutreil.
  • Pacte Papin (projet) : abattement retraite porté à 1 M€ en cas de rachat par des salariés, pour les cessions 2027-2029.
  • Don familial (projet) : plafond porté de 31 865 € à 50 000 € du 1er janvier au 30 juin 2027 ; les députés ont voté 100 000 € jusqu’au 31 décembre 2027.
  • Apport puis donation (projet) : la donation ne purgerait plus la plus-value d’apport ; la version des députés vise les apports dès le 7 octobre 2026 et la seule part non réinvestie.
  • Prudence : les mesures du PLF 2027 restent au conditionnel ; le vote de la première partie à l’Assemblée est reporté au 3 novembre 2026.

Depuis le 21 février 2026, une cession d’entreprise ne se prépare plus avec les repères de 2025. La loi de finances pour 2026 a resserré l’apport-cession et le pacte Dutreil. Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, ajoute trois mesures qui toucheraient directement les cédants. Pour un dirigeant qui vise une transmission d’entreprise ou une cession en 2027, la question est simple : quelles règles s’appliqueront à mon opération ?

Réponse courte : deux règles sont déjà en vigueur et ne bougeront pas en 2027. L’apport-cession impose désormais de réinvestir 70 % du prix en trois ans et de conserver ces investissements cinq ans. Le pacte Dutreil exige un engagement individuel de six ans et exclut les biens dits somptuaires. Trois autres règles ne sont, à ce stade, que des projets : le pacte « Papin » pour la reprise par les salariés, un plafond de don familial relevé en 2027, et la fin de l’effacement de la plus-value d’apport en cas de donation. Les députés ont adopté les deux dernières en première lecture, avec des modifications, mais le vote d’ensemble n’a pas encore eu lieu.

Pour rendre ces règles concrètes, nous les appliquons pas à pas à un exemple : une PME valorisée 3 M€, détenue à 100 % par son dirigeant. Chaque chiffre est calculé à partir des textes officiels, sur des hypothèses simplifiées.

Transmission d’entreprise en 2027 : ce qui est acquis, ce qui reste un projet

Dirigeant de PME dans son atelier, préparant la transmission de son entreprise en 2027

Première précaution : distinguer le droit en vigueur du droit en discussion. Un montage de cession se construit sur plusieurs mois. Il doit tenir compte des deux, sans jamais tenir un projet pour acquis.

RègleStatut en octobre 2026Opérations viséesTexte
1. Apport-cession : remploi 70 % en 3 ans, conservation 5 ansEn vigueurCessions par la holding depuis le 21/02/2026CGI, art. 150-0 B ter (loi de finances 2026, art. 11)
2. Dutreil : engagement individuel de 6 ans, biens somptuaires exclusEn vigueur, commenté au BOFiP le 10/08/2026Donations et successions depuis le 21/02/2026CGI, art. 787 B (loi de finances 2026, art. 8)
3. Pacte « Papin » : reprise par les salariésProjet (PLF 2027, art. 10)Cessions entre le 01/01/2027 et le 31/12/2029Projet de loi n° 3210
4. Don familial relevé (50 000 € dans le projet, 100 000 € après amendement)Projet (PLF 2027, art. 4), adopté et modifié en première lecture à l’Assemblée le 16/10/2026Dons entre le 01/01/2027 et le 30/06/2027 (projet) ; jusqu’au 31/12/2027 dans la version adoptée par les députésProjet de loi n° 3210
5. Fin de la purge de la plus-value d’apport en cas de donationProjet (PLF 2027, art. 5), adopté et réécrit en première lecture à l’Assemblée le 16/10/2026Transmissions à compter du 01/10/2026 (projet) ; apports réalisés à compter du 07/10/2026 dans la version adoptée par les députésProjet de loi n° 3210

Le calendrier parlementaire compte. Selon l’organisation de la discussion budgétaire publiée par l’Assemblée nationale, le vote solennel sur la première partie du PLF 2027 était inscrit le 20 octobre 2026. Faute de temps pour examiner tous les amendements, il a été reporté : l’Assemblée l’a désormais inscrit au 3 novembre 2026. D’ici là, les articles déjà adoptés un par un restent suspendus à ce vote d’ensemble. Le texte doit ensuite poursuivre son parcours : seconde partie, Sénat, commission mixte paritaire, puis publication au Journal officiel. Vous pouvez suivre chaque étape sur le dossier législatif du PLF 2027.

⚠️ Point de vigilance : une mesure du PLF peut être modifiée, réécrite ou supprimée par amendement jusqu’au vote définitif. Tout ce qui relève du PLF 2027 dans cet article est présenté au conditionnel : dans sa version déposée le 1er octobre 2026 et, lorsque les députés l’ont modifiée, dans la version adoptée en première lecture.

Notre exemple servira de fil rouge. Hypothèses : une SAS valorisée 3 000 000 €, des titres acquis 200 000 € à la création, soit une plus-value latente de 2 800 000 €. Le dirigeant a deux enfants. Une cession directe, sans aucun dispositif, coûterait 879 200 € d’impôt au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux), hors contribution exceptionnelle sur les hauts revenus.

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Règle n° 1 : l’apport-cession exige un remploi de 70 % en trois ans

Dirigeante analysant le plan de réinvestissement de sa holding après un apport-cession

L’apport-cession reste l’outil central du dirigeant qui veut réinvestir. Le principe ne change pas : vous apportez vos titres à une holding que vous contrôlez. La plus-value d’apport est placée en report d’imposition. La holding vend ensuite les titres, sans plus-value supplémentaire puisque son prix de revient correspond à la valeur d’apport.

Ce qui change, ce sont les conditions de remploi. Si la holding cède les titres dans les trois ans suivant l’apport, le report n’est maintenu que si elle réinvestit une part du prix dans une activité économique éligible. La version de l’article 150-0 B ter en vigueur depuis le 21 février 2026 a durci chaque paramètre.

ParamètreCessions avant le 21/02/2026Cessions depuis le 21/02/2026
Seuil de remploi60 % du prix de cession70 % du prix de cession
Délai pour réinvestir2 ans après la cession3 ans après la cession
Conservation des biens acquis en remploi direct1 an5 ans à compter de leur inscription à l’actif
Activités éligibles au remploiChamp largeChamp resserré

Le cas chiffré : 2,1 M€ à réinvestir, 0,9 M€ de liberté

Appliquons la règle à notre PME de 3 M€. La holding encaisse 3 000 000 €. Elle doit réinvestir au moins 2 100 000 € dans les trois ans et conserver ces actifs cinq ans. Il lui reste 900 000 € de trésorerie libre, contre 1 200 000 € sous l’ancien seuil de 60 %.

  • Impôt placé en report : 879 200 € (31,4 % de 2 800 000 €), qui reste latent tant que les conditions sont respectées.
  • Remploi obligatoire : 2 100 000 € minimum, dans les trois ans suivant la cession.
  • Durée d’immobilisation : cinq ans pour les biens ou titres acquis, au lieu d’un an pour le remploi direct auparavant.
  • Trésorerie librement utilisable : 900 000 €, soit 300 000 € de moins qu’avec l’ancien seuil.

📊 70 % : c’est le seuil minimal de réinvestissement du produit de cession, contre 60 % auparavant, pour toutes les cessions réalisées par la holding depuis le 21 février 2026 (BOFiP, actualité du 10 août 2026).

Ce que le cédant doit anticiper

Le délai de trois ans paraît confortable. Il l’est moins quand le projet de réinvestissement n’existe pas encore au jour de la vente. Une holding qui n’a pas identifié de cible, de fonds éligible ou de développement interne se retrouve à chercher sous contrainte de temps. Or un remploi raté fait tomber le report : l’impôt devient exigible.

✅ Bonne pratique : formalisez la thèse de réinvestissement de la holding avant l’apport, avec un échéancier sur trois ans et une marge de sécurité au-delà des 70 %.

La structuration de la holding elle-même (statuts, gouvernance, convention d’animation) relève du conseil juridique autant que du chiffrage fiscal. Les deux doivent avancer ensemble.

Règle n° 2 : le pacte Dutreil impose six ans d’engagement individuel

Famille réunie autour de documents pour préparer la transmission familiale de l'entreprise avec un pacte Dutreil

Le pacte Dutreil concerne la transmission à titre gratuit, donation ou succession. Il exonère de droits 75 % de la valeur des titres transmis, en échange d’engagements de conservation et d’une fonction de direction. Ce taux n’a pas été modifié. Ce sont les conditions d’accès qui se sont durcies.

Six ans d’engagement individuel, après l’engagement collectif

Le dispositif repose sur deux engagements successifs. L’engagement collectif, d’au moins deux ans, doit être en cours au jour de la transmission. Les héritiers ou donataires prennent ensuite un engagement individuel. Sa durée passe de quatre à six ans pour les transmissions intervenues depuis le 21 février 2026, comme le confirme l’actualité BOFiP du 10 août 2026.

💡 Le savoir-clé : « six ans » et « huit ans » ne se contredisent pas. Le texte fixe un engagement individuel de six ans, qui court à compter de la fin de l’engagement collectif. Huit ans correspond à la durée cumulée minimale (2 + 6) lorsque l’engagement collectif est conclu au moment de la transmission. Si l’engagement collectif est déjà avancé, les bénéficiaires ne conservent les titres que le reliquat de l’engagement collectif plus six ans.

Les biens somptuaires sortent de l’exonération

Deuxième changement : la fraction de la valeur des titres qui correspond à certains actifs non affectés exclusivement à l’activité opérationnelle est exclue de l’exonération. L’actif doit être affecté à l’activité depuis au moins trois ans avant la transmission (ou depuis son acquisition) et jusqu’au terme de l’engagement individuel. La loi vise :

  • Les biens de loisirs : biens affectés à la chasse ou à la pêche, chevaux de course ou de concours.
  • Les moyens de transport : véhicules de tourisme, yachts et bateaux de plaisance, aéronefs.
  • Les biens de collection : bijoux, métaux précieux, objets d’art, de collection ou d’antiquité, vins et alcools.
  • L’immobilier d’habitation : logements et résidences de la société, loués ou non.

L’exclusion vise aussi les actifs détenus par les filiales contrôlées. Un bien reste éligible quand la société l’affecte réellement à son objet : des vins pour un négociant ou un restaurateur, des chevaux pour un élevage, par exemple.

Le cas chiffré : la donation de la PME à deux enfants

Reprenons la PME de 3 M€. Supposons que le dirigeant donne la totalité des titres, en pleine propriété, à ses deux enfants. Supposons aussi que la société détienne un appartement non affecté à l’activité, représentant 300 000 € de la valeur des titres. Calcul au barème en ligne directe, après l’abattement de 100 000 € par enfant, avant toute réduction de droits éventuelle.

ScénarioValeur taxable par enfant (après abattement)Droits par enfantDroits pour les deux enfants
Sans pacte Dutreil1 400 000 €412 678 €825 356 €
Dutreil, appartement de 300 000 € exclu387 500 €75 694 €151 389 €
Dutreil, sans bien somptuaire275 000 €53 194 €106 389 €

Le pacte reste décisif : il réduit les droits de plus de 670 000 € dans cet exemple. Mais l’appartement laissé au bilan coûte à lui seul 45 000 € de droits supplémentaires. Les biens personnels logés dans la société ont désormais un prix au moment de la transmission.

⚠️ Point de vigilance : la rupture de l’engagement individuel, même en sixième année, remet en cause l’exonération. Un enfant qui envisage de revendre ses titres doit intégrer cette durée dans son propre projet de vie.

Pour une transmission familiale, la structure de détention compte autant que le pacte. Notre article sur la holding familiale avant transmission détaille cette étape.

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Règle n° 3 : le projet de pacte « Papin » pour céder à ses salariés

Cédant remettant les clés de son entreprise à une salariée repreneuse, reprise interne et pacte Papin

Le Dutreil vise les transmissions gratuites, le plus souvent familiales. Le pacte Papin, prévu à l’article 10 du PLF 2027, viserait les cessions à titre onéreux, en particulier la reprise par les salariés. Le gouvernement le présente comme le complément du Dutreil pour les reprises hors du cercle familial. Il s’appliquerait aux cessions réalisées entre le 1er janvier 2027 et le 31 décembre 2029.

Les trois leviers du projet

  • Abattement retraite doublé : l’abattement fixe de 500 000 € sur la plus-value du dirigeant qui part à la retraite serait porté à 1 000 000 € si l’acheteur est un ou plusieurs salariés, ou une société détenue uniquement par des salariés.
  • Droits d’enregistrement allégés : le taux serait ramené à 0,1 % pour l’achat d’un fonds de commerce ou de parts sociales de PME par un salarié, sous engagement de conservation de cinq ans.
  • Suramortissement de l’entreprise reprise : déduction de 60 % de la valeur des biens neufs pour les microentreprises, et de 30 % pour les autres PME sur une liste de biens de modernisation.

Les conditions seraient strictes. Le salarié repreneur devrait justifier d’au moins cinq ans de contrat de travail dans la société au cours des dix années précédant la cession. Il devrait s’engager à y exercer une fonction de direction et à conserver les titres pendant cinq ans. Le cédant devrait, lui, remplir les conditions de l’abattement retraite : fonction de direction et au moins 25 % du capital pendant cinq ans, cessation de fonctions et départ à la retraite dans les deux ans avant ou après la cession.

Le cas chiffré : 64 000 € d’impôt en moins

Si notre dirigeant part à la retraite et cède 100 % de ses titres à son directeur commercial, salarié depuis douze ans, voici l’effet du projet. L’abattement ne s’applique qu’à l’impôt sur le revenu : les prélèvements sociaux restent dus sur la totalité de la plus-value.

ScénarioImpôt sur le revenu (12,8 %)Prélèvements sociaux (18,6 %)Total
Cession sans abattement358 400 €520 800 €879 200 €
Retraite, abattement actuel de 500 000 €294 400 €520 800 €815 200 €
Retraite et rachat par un salarié, abattement projeté de 1 000 000 €230 400 €520 800 €751 200 €

💡 Le savoir-clé : le gain du pacte Papin, s’il est adopté, est plafonné à 64 000 € d’impôt pour le cédant (12,8 % de 500 000 €). Son intérêt principal porte sur le financement de la reprise : droits réduits et suramortissement améliorent la capacité du repreneur à payer le prix.

La reprise interne a ses propres contraintes de financement et de gouvernance. Nous les détaillons dans notre guide pour vendre à ses salariés.

Règle n° 4 : un don familial relevé à 50 000 €, voire 100 000 €, en 2027

Le don familial de sommes d’argent permet aujourd’hui de donner 31 865 € en franchise de droits, tous les quinze ans, à chaque enfant, petit-enfant ou arrière-petit-enfant. Le donateur doit avoir moins de 80 ans et le bénéficiaire être majeur, selon service-public.fr. Ce don s’ajoute à l’abattement de 100 000 € entre parent et enfant.

L’article 4 du PLF 2027 prévoit de porter ce plafond à 50 000 € pour les dons consentis entre le 1er janvier et le 30 juin 2027. Il créerait aussi un taux unique de 6 % de droits de donation sur les dons de sommes d’argent, dans la limite de 100 000 € par donateur et par bénéficiaire, pour des bénéficiaires de 18 à moins de 50 ans. Ce taux passerait à 5 % si le bénéficiaire reverse au moins 1,1 % des sommes reçues à certains organismes d’aide aux plus démunis ou aux victimes de violences domestiques.

L’Assemblée nationale a adopté cet article en première lecture le 16 octobre 2026, en le modifiant. Selon la chaîne parlementaire LCP, les députés ont porté le plafond temporaire de 50 000 € à 100 000 € et prolongé la période jusqu’au 31 décembre 2027. Ces changements ne s’appliqueraient que s’ils figurent dans la loi définitivement adoptée, après la navette avec le Sénat. L’articulation avec le taux de 6 % reste à préciser.

Dons d’un parent à ses deux enfantsRègle actuelleProjet du gouvernement, dons du 01/01 au 30/06/2027Version adoptée par les députés, dons du 01/01 au 31/12/2027
Plafond exonéré par enfant31 865 €50 000 €100 000 €
Total exonéré pour deux enfants63 730 €100 000 €200 000 €
Différence—+ 36 270 € transmis sans droits+ 136 270 € transmis sans droits

Pour un cédant, la question est celle du calendrier. Le don porte sur des sommes d’argent, pas sur des titres. Si la cession dégage des liquidités avant le 30 juin 2027 (ou avant le 31 décembre 2027 si la version des députés est retenue), ou si le dirigeant dispose déjà d’une épargne disponible, la fenêtre projetée permettrait d’anticiper une partie de la transmission du patrimoine.

⚠️ Point de vigilance : ne déclenchez aucun don en comptant sur ce plafond avant la publication de la loi de finances. Un don consenti en janvier 2027 sous un texte finalement modifié resterait soumis au plafond de 31 865 €. Le plafond de 100 000 € voté par les députés peut encore être revu par le Sénat.

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Règle n° 5 : la donation ne purgerait plus la plus-value d’apport

Signature d'une donation de titres chez le notaire, enjeu fiscal de la transmission après apport-cession

C’est la mesure la moins commentée du PLF 2027, et sans doute la plus lourde pour les montages d’apport-cession. Aujourd’hui, quand le dirigeant donne à ses enfants les titres de la holding reçus en échange de l’apport, la plus-value en report peut, sous conditions, ne jamais être imposée. L’article 5 du PLF 2027 prévoit d’y mettre fin. Les députés l’ont adopté en première lecture le 16 octobre 2026, dans une version nettement réécrite.

  • Principe projeté : la transmission à titre gratuit des titres reçus en rémunération de l’apport mettrait fin au report. L’impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux deviendraient exigibles.
  • Paiement échelonné : le redevable pourrait demander un étalement sur cinq ans, à condition de constituer des garanties auprès du comptable public.
  • Date d’effet : les transmissions réalisées à compter du 1er octobre 2026, date de dépôt du projet.

La version adoptée par l’Assemblée le 16 octobre 2026

L’article a été adopté de justesse (25 voix contre 23), sur la base d’une réécriture proposée par le rapporteur général du budget. Selon les premières analyses publiées, notamment par Rozant & Cohen et Club Patrimoine, le dispositif serait beaucoup plus ciblé :

ParamètreProjet déposé le 01/10/2026Version adoptée par les députés
Opérations viséesTransmissions à compter du 01/10/2026Apports réalisés à compter du 07/10/2026 ; les apports antérieurs restent sous l’ancien régime
DécèsFin de la purgePurge maintenue
Donations viséesToutesSeulement si la holding a cédé les titres apportés moins de huit ans après l’apport
Montant imposéToute la plus-value en reportFraction correspondant au produit de cession non réinvesti
PaiementÉtalement sur 5 ansÉtalement sur 10 ans

Dans notre exemple, selon le projet initial, l’impôt en report de 879 200 € ne serait plus effacé par une donation des titres de la holding. Il deviendrait exigible au jour de la donation, éventuellement étalé sur cinq ans. Dans la version des députés, et si l’apport a lieu après le 7 octobre 2026, seule la part non réinvestie serait taxée. Si la holding réinvestit exactement 70 % du prix, l’impôt exigible à la donation tomberait à 263 760 € (30 % de 879 200 €), payable sur dix ans. La stratégie « apport, cession, puis donation » resterait pénalisée, mais beaucoup moins.

« Le présent article propose de mettre fin à l’exonération de la plus-value en report d’imposition en cas de transmission par voie de donation ou de succession des titres reçus en rémunération de l’apport. » — Exposé des motifs de l’article 5, projet de loi de finances pour 2027

Point notable : dans les deux versions, la date d’effet est antérieure au vote définitif. Avec la version des députés, c’est la date de l’apport qui compte : un apport réalisé avant le 7 octobre 2026 resterait sous l’ancien régime. Le Sénat peut encore modifier cette date, comme le reste du dispositif.

Votre feuille de route de cédant : la PME de 3 M€ en un coup d’œil

Le tableau ci-dessous rassemble les cinq règles appliquées à notre exemple. Il montre où se situent les marges de manœuvre réelles, et ce qui dépend encore du vote.

RègleEffet sur la PME de 3 M€Décision à prendre
Apport-cession879 200 € d’impôt en report ; 2,1 M€ à réinvestir sous 3 ans ; 900 000 € libresBâtir le projet de remploi avant l’apport
Pacte DutreilDroits ramenés de 825 356 € à 106 389 € (sans bien somptuaire)Sortir les biens non professionnels ; anticiper 6 ans d’engagement
Pacte Papin (projet)Jusqu’à 64 000 € d’impôt en moins en cas de rachat par un salariéIdentifier un repreneur interne éligible
Don familial (projet)Jusqu’à 100 000 € exonérés pour deux enfants au 1er semestre 2027, voire 200 000 € sur toute l’année 2027 dans la version des députésPréparer les dons, signer après publication de la loi
Purge de l’apport-cession (projet)Jusqu’à 879 200 € qui ne seraient plus effacés par une donation (263 760 € dans la version des députés, avec un remploi de 70 %)Revoir tout schéma « apport puis donation »

La checklist avant de signer

  • ✅ Date de l’opération : vérifier quel régime s’applique (avant ou après le 21/02/2026 ; pour l’apport, avant ou après le 07/10/2026).
  • ✅ Inventaire de l’actif : repérer logements, véhicules de tourisme, œuvres et autres biens exclus du Dutreil.
  • ✅ Projet de remploi : chiffrer les 70 % et leur échéancier sur trois ans.
  • ✅ Engagements de conservation : vérifier que chaque bénéficiaire accepte six ans d’engagement individuel.
  • ✅ Mesures du PLF : attendre la loi publiée avant de signer une opération qui dépend d’un projet.
  • ✅ Valorisation : faire établir une valeur de l’entreprise défendable, base de tous les calculs.

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Sécuriser votre montage avant que le texte ne soit figé

Les règles de 2026 sont connues et commentées par l’administration. Celles de 2027 se jouent jusqu’en décembre : vote de la première partie à l’Assemblée le 3 novembre 2026, puis Sénat. Entre les deux, un cédant bien préparé gagne en sécurité : il chiffre plusieurs scénarios, il garde ses options ouvertes, et il ne signe que lorsque le cadre est stabilisé.

C’est précisément le rôle d’Extencia Finance, notre équipe dédiée à la cession-acquisition. Entrepreneurs au service des entrepreneurs depuis 1944, nous accompagnons les dirigeants de la valorisation à la signature, depuis nos 12 implantations. Valorisation, montage, fiscalité du cédant, coordination avec le notaire et l’avocat : un seul interlocuteur suit votre dossier.

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Questions fréquentes sur la transmission d’entreprise en 2027

Qu’est-ce qui change pour la transmission d’entreprise en 2027 ?

Deux règles sont déjà en vigueur depuis le 21 février 2026 : le remploi de 70 % en trois ans dans l’apport-cession et l’engagement individuel Dutreil de six ans, avec exclusion des biens somptuaires. Le projet de loi de finances pour 2027 ajoute trois mesures : le pacte Papin pour la reprise par les salariés, un don familial porté à 50 000 € au premier semestre 2027 et la fin de la purge de la plus-value d’apport en cas de donation. Les députés ont adopté les articles sur le don familial et sur l’apport-cession en première lecture le 16 octobre 2026, en les modifiant. Ces trois mesures restent des projets tant que la loi n’est pas publiée.

Le pacte Dutreil impose-t-il 6 ou 8 ans de conservation ?

La loi fixe un engagement individuel de six ans, qui court à compter de la fin de l’engagement collectif d’au moins deux ans. La durée cumulée minimale est donc de huit ans lorsque l’engagement collectif démarre au moment de la transmission. Si l’engagement collectif était déjà en cours depuis un certain temps, les bénéficiaires conservent les titres pendant le reliquat de cet engagement, puis six ans. Les deux chiffres décrivent donc deux choses différentes.

Combien faut-il réinvestir après un apport-cession en 2026 ?

Lorsque la holding cède les titres apportés dans les trois ans suivant l’apport, elle doit réinvestir au moins 70 % du prix de cession dans un délai de trois ans. Les biens ou titres acquis doivent être conservés au moins cinq ans à compter de leur inscription à l’actif. Ces règles s’appliquent aux cessions réalisées depuis le 21 février 2026. Pour une cession de 3 M€, le remploi minimal atteint donc 2,1 M€.

Quels biens sont exclus du pacte Dutreil depuis 2026 ?

La loi vise les biens affectés à la chasse ou à la pêche, les véhicules de tourisme, yachts, bateaux de plaisance et aéronefs, les bijoux, métaux précieux et objets d’art ou de collection, les chevaux de course ou de concours, les vins et alcools, ainsi que les logements et résidences. La fraction de valeur correspondante est exclue de l’exonération de 75 %, sauf si le bien est affecté exclusivement à l’activité opérationnelle depuis au moins trois ans. Un vin détenu par un négociant pour son commerce reste ainsi éligible.

Qu’est-ce que le pacte Papin du PLF 2027 ?

Le pacte Papin est un ensemble de mesures prévu à l’article 10 du projet de loi de finances pour 2027 pour faciliter les reprises d’entreprises, notamment par les salariés. Il porterait l’abattement retraite sur la plus-value du cédant de 500 000 € à 1 000 000 € en cas de rachat par un salarié, réduirait certains droits d’enregistrement à 0,1 % et créerait un suramortissement pour l’entreprise reprise. Il viserait les cessions réalisées entre le 1er janvier 2027 et le 31 décembre 2029. Il s’agit d’un projet qui peut évoluer pendant les débats parlementaires.

Le don familial de 50 000 € est-il déjà applicable ?

Non. Le relèvement du plafond de 31 865 € à 50 000 € figure à l’article 4 du projet de loi de finances pour 2027 et ne s’appliquerait qu’aux dons consentis entre le 1er janvier et le 30 juin 2027. Le 16 octobre 2026, l’Assemblée nationale l’a adopté en première lecture en portant le plafond à 100 000 € et la période jusqu’au 31 décembre 2027. Ces paramètres supposent que la mesure soit définitivement adoptée puis publiée au Journal officiel. Les conditions actuelles demeurent : donateur de moins de 80 ans et bénéficiaire majeur. Mieux vaut préparer ces dons et attendre la loi publiée avant de les signer.

Faut-il céder son entreprise avant la fin de 2026 ?

Pas nécessairement. Les règles de l’apport-cession et du Dutreil sont déjà fixées et ne changent pas au 1er janvier 2027. Le pacte Papin, s’il est adopté, favoriserait au contraire les cessions à des salariés réalisées à partir de 2027. En revanche, un montage reposant sur une donation de titres de holding doit être revu dès maintenant, puisque le projet vise les transmissions réalisées depuis le 1er octobre 2026 ; la version adoptée par les députés vise, elle, les apports réalisés depuis le 7 octobre 2026.

⚠️ Cet article fournit une information générale à jour en octobre 2026, sur la base du projet de loi de finances pour 2027 dans sa version déposée le 1er octobre 2026 et des articles adoptés en première lecture par l’Assemblée nationale le 16 octobre 2026, avant le vote d’ensemble. Il ne constitue pas un conseil personnalisé. Les exemples chiffrés reposent sur des hypothèses simplifiées. Chaque situation étant particulière, rapprochez-vous de votre expert Extencia.

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Stéphane Torregrosa

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