Pourboires exonérés en 2026 : le guide paie pour le CHR

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⏱️ Temps de lecture estimé : 11 minutes

Une addition réglée par carte, un « gardez la monnaie » glissé sur le terminal, et 3 euros qui atterrissent dans la poche de votre serveur. Simple ? Sur le papier, oui. Dans votre logiciel de paie, beaucoup moins. Depuis 2022, les pourboires exonérés d’impôt et de charges sociales sont un vrai levier de pouvoir d’achat pour vos équipes — à condition de respecter des règles précises.

Bonne nouvelle pour 2026 : le dispositif ne disparaît pas. Il est même prolongé. Mais entre le seuil de rémunération à surveiller mois par mois, les pourboires par carte bancaire et vos obligations déclaratives, une erreur de paramétrage peut coûter cher en cas de contrôle. Ce guide vous donne la marche à suivre, étape par étape, pour transformer cet avantage en atout de fidélisation sans exposer votre établissement.

Ce que dit vraiment la loi de finances 2026

Intérieur d'un bistrot français de région avant le service, ambiance restauration CHR

Le régime d’exonération des pourboires n’est pas nouveau. Il a été créé par la loi de finances pour 2022, dans le sillage de la crise sanitaire, pour soutenir le pouvoir d’achat des salariés de la restauration et de l’hôtellerie. Prévu comme temporaire, il a déjà été reconduit plusieurs fois.

📊 Jusqu’au 31 décembre 2028 : c’est la nouvelle échéance du dispositif, prorogée de trois ans par la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 5).

Concrètement, vous disposez de trois années pleines de visibilité : 2026, 2027 et 2028. De quoi intégrer sereinement l’avantage dans votre politique de rémunération, sans craindre un couperet au 1er janvier prochain.

Un régime né en 2022, prolongé jusqu’en 2028

PériodeStatut du dispositif
2022 – 2023Création par la loi de finances pour 2022
2024 – 2025Reconductions successives
2026 – 2028Prorogation de 3 ans (loi de finances pour 2026)

Impôt et cotisations : la double exonération

L’intérêt du dispositif tient à sa double portée. Les sommes concernées échappent à la fois au fisc et à l’URSSAF. Pour le salarié comme pour vous, l’euro versé est un euro net.

  • Côté impôt : exonération d’impôt sur le revenu, et dispense de prélèvement à la source pour le salarié.
  • Côté social : exonération de toutes les cotisations et contributions — assurances sociales, allocations familiales, AT-MP, contribution solidarité autonomie, assurance chômage, CSG et CRDS, taxe d’apprentissage.
  • Côté employeur : aucune charge patronale sur ces sommes, dans la limite des conditions détaillées plus bas.

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Qui peut en bénéficier ? Les 3 conditions à réunir

Serveuse française en contact avec la clientèle tendant un terminal de paiement à des clients

L’exonération n’est pas automatique. Elle repose sur trois conditions cumulatives. Si l’une d’elles manque, les sommes redeviennent des éléments de salaire classiques, soumis à cotisations et à l’impôt.

Condition 1 : un salarié en contact avec la clientèle

Le dispositif vise les salariés en contact direct avec la clientèle. Serveurs, barmen, réceptionnistes, personnel de salle : ce sont les bénéficiaires naturels. Un cuisinier ou un plongeur, sans contact client, n’entre pas dans le champ — sauf reversement organisé au titre d’un partage collectif, à sécuriser au cas par cas.

Condition 2 : le seuil de 1,6 SMIC

C’est la condition la plus technique. L’exonération ne s’applique qu’aux salariés dont la rémunération mensuelle brute, hors pourboires, n’excède pas 1,6 SMIC. En 2026, ce plafond s’établit à 2 916,85 € brut par mois pour un temps plein.

💡 Le savoir-clé : les pourboires eux-mêmes ne comptent pas dans le calcul du seuil. On regarde uniquement le salaire « de base » du mois, hors pourboires, pour vérifier s’il reste sous les 2 916,85 € brut.

Condition 3 : un vrai pourboire, versé volontairement

Le pourboire doit être remis volontairement par le client pour le service. Peu importe le canal : espèces laissées sur la table, « pourboire » ajouté sur le terminal de carte bancaire, cagnotte partagée en fin de service. Deux modalités de versement sont admises :

ConditionCe que ça implique pour vous
Contact clientèleIdentifier les postes éligibles (salle, bar, accueil)
Rémunération ≤ 1,6 SMICContrôler le salaire de base chaque mois
Pourboire volontaireDistinguer du « service » facturé (voir plus loin)

⚠️ Point de vigilance : une majoration « service compris » ajoutée d’office à l’addition n’est pas un pourboire au sens du dispositif. Elle reste un élément de salaire soumis à cotisations.

Le seuil de 1,6 SMIC décrypté mois par mois

Serveuse vérifiant sa fiche de paie et le calcul du seuil de rémunération en fin de service

C’est ici que la plupart des erreurs se produisent. Le plafond de 1,6 SMIC ne s’apprécie pas sur l’année, mais mois par mois. Un même salarié peut être exonéré en janvier, soumis en février, puis de nouveau exonéré en mars.

Comment se calcule le plafond

Le seuil se calcule sur la base de la durée légale du travail, ou de la durée prévue au contrat, augmentée des heures supplémentaires ou complémentaires (hors majorations). Dans le secteur CHR, où les heures supplémentaires sont fréquentes, cette nuance est capitale : un mois chargé peut faire basculer un salarié au-dessus du plafond.

L’appréciation mensuelle, pas annuelle

⚠️ Point de vigilance : si la rémunération de base dépasse 1,6 SMIC un mois donné, les pourboires de ce mois-là redeviennent imposables et soumis à cotisations. Le mois suivant, si le salaire repasse sous le seuil, l’exonération s’applique de nouveau.

Exemple concret : Julie, serveuse à 1 900 € brut

Julie perçoit 1 900 € brut de salaire de base. En temps normal, elle est largement sous le plafond : ses pourboires sont exonérés. Mais en décembre, entre les fêtes et les extras, elle enchaîne les heures supplémentaires et atteint 3 050 € brut de base. Ce mois-là, elle dépasse les 2 916,85 €.

MoisSalaire de baseSous 1,6 SMIC ?Pourboires
Novembre1 900 €✅ OuiExonérés
Décembre3 050 €❌ NonSoumis à cotisations + IR
Janvier1 900 €✅ OuiExonérés à nouveau

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Pourboires par carte bancaire : le cas qui change tout

Client ajoutant un pourboire par carte bancaire sur le terminal tenu par un serveur

La question revenait souvent : les pourboires laissés par carte bancaire, tracés dans votre caisse, sont-ils logés à la même enseigne que les espèces ? La réponse est oui. Et c’est précisément ce qui a motivé la création du dispositif : à l’heure du paiement dématérialisé, priver ces pourboires de l’exonération aurait pénalisé les salariés.

Espèces, carte, cagnotte : tout est concerné

  • Espèces : le pourboire remis de la main à la main reste exonéré, comme historiquement.
  • Carte bancaire : le pourboire ajouté sur le terminal, encaissé par l’établissement puis reversé, entre dans le dispositif.
  • Cagnotte commune : le pot partagé et redistribué au personnel de contact est également éligible.

La traçabilité, votre meilleure alliée

💡 Le savoir-clé : les pourboires par carte transitent par votre comptabilité avant d’être reversés. Cette traçabilité, loin d’être un fardeau, est une protection : elle prouve la réalité et le montant des sommes exonérées en cas de contrôle.

L’essentiel est de distinguer nettement, dans vos écritures, ce qui relève du chiffre d’affaires de l’établissement et ce qui constitue un pourboire reversé. Un plan de comptes bien pensé, avec un compte dédié, évite toute confusion avec la TVA sur vos ventes.

Vos obligations d’employeur : la paie et la DSN

Restaurateur français gérant la paie et la déclaration DSN de son établissement au bureau

Exonéré ne veut pas dire invisible. C’est l’un des contresens les plus fréquents. Même défiscalisés et désocialisés, les pourboires doivent apparaître dans vos déclarations. Les oublier, c’est vous exposer à un redressement URSSAF et à des difficultés pour vos salariés.

Déclarer, même quand c’est exonéré

Les pourboires doivent être déclarés en DSN (déclaration sociale nominative), avec le code de rémunération adapté. Ils entrent dans le calcul du revenu fiscal de référence du salarié et du montant net social affiché sur le bulletin de paie. Une omission fausse ces deux données et peut priver le salarié de droits sociaux.

Revenu fiscal de référence et net social

⚠️ Point de vigilance : un pourboire exonéré reste intégré au revenu fiscal de référence. Il peut donc influencer l’accès du salarié à certaines prestations sous conditions de ressources. Informez vos équipes en toute transparence.

Sécuriser en cas de contrôle URSSAF

  • Documenter le mode de collecte et de répartition des pourboires (note interne, accord d’entreprise).
  • Tracer chaque versement et son bénéficiaire, mois par mois.
  • Vérifier le respect du seuil de 1,6 SMIC pour chaque salarié, chaque mois.
  • Conserver les justificatifs (états de caisse, tableaux de répartition) à disposition de l’inspecteur.

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Les pièges à éviter en 2026

Équipe d'un restaurant français partageant les pourboires au comptoir après le service

La mécanique est avantageuse, mais elle laisse peu de place à l’à-peu-près. Voici les erreurs qui reviennent le plus souvent dans les établissements — et comment les éviter.

Confondre service et pourboire

Le « service » facturé automatiquement au client n’est jamais un pourboire. Seule la somme laissée volontairement, en plus de l’addition, ouvre droit à l’exonération. Cette frontière doit être limpide dans votre caisse et votre comptabilité.

Oublier le suivi individualisé

À éviter ❌À privilégier ✅
Verser les pourboires « au black »Tout tracer, même exonéré
Contrôler le seuil une fois par anVérifier chaque mois
Ignorer les extras et saisonniersAppliquer les mêmes règles à tous
Confondre pourboire et serviceSéparer clairement dans la caisse

Négliger les extras et les saisonniers

Bonne pratique : appliquez le dispositif à tous vos salariés en contact clientèle, y compris les extras en CDD d’usage et les saisonniers. Chaque contrat génère sa propre paie et sa propre DSN : le suivi doit être aussi rigoureux pour un extra d’un soir que pour un CDI.

Dans les zones à forte saisonnalité — littoral basque autour d’Anglet ou établissements des Antilles — la rotation du personnel multiplie les paies et les risques d’erreur. Un cadrage social solide dès l’embauche fait toute la différence.

Faites des pourboires un atout, pas un risque

L’exonération des pourboires prolongée jusqu’en 2028 est une vraie opportunité : plus de pouvoir d’achat pour vos équipes, un argument d’attractivité dans un secteur en tension, et zéro charge supplémentaire pour vous. À condition de maîtriser le seuil de 1,6 SMIC, la déclaration DSN et la frontière entre service et pourboire.

Chez Extencia, nous accompagnons les professionnels du CHR depuis des décennies, de la paie au pilotage de vos marges. Nos équipes sécurisent votre gestion sociale pendant que vous vous concentrez sur votre salle. Ne laissez pas une erreur de paramétrage transformer un avantage en redressement.

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🔍 L’article en bref

  • Prolongation confirmée : l’exonération des pourboires est prorogée jusqu’au 31 décembre 2028 (loi de finances 2026).
  • Double avantage : exonération d’impôt sur le revenu et de toutes les cotisations sociales (CSG/CRDS comprises).
  • Condition de salaire : réservée aux salariés dont la rémunération de base ne dépasse pas 1,6 SMIC, soit 2 916,85 € brut/mois en 2026.
  • Contrôle mensuel : le seuil s’apprécie mois par mois, pas sur l’année — un mois chargé peut faire basculer le salarié.
  • Carte bancaire incluse : espèces, pourboires par terminal et cagnottes partagées sont tous concernés.
  • DSN obligatoire : même exonérés, les pourboires se déclarent (revenu fiscal de référence et net social).
  • Piège à éviter : le “service” facturé d’office n’est pas un pourboire et reste soumis à cotisations.

Vos questions sur l’exonération des pourboires

Les pourboires sont-ils imposables en 2026 ?

Non, sous conditions. Jusqu’au 31 décembre 2028, les pourboires versés volontairement par les clients sont exonérés d’impôt sur le revenu et dispensés de prélèvement à la source. L’exonération vise les salariés en contact avec la clientèle dont la rémunération de base ne dépasse pas 1,6 SMIC. Au-delà de ce seuil, les pourboires redeviennent imposables.

Jusqu’à quel salaire les pourboires sont-ils exonérés ?

Le plafond est fixé à 1,6 SMIC, soit 2 916,85 € brut par mois en 2026 pour un temps plein. On retient la rémunération de base, hors pourboires. Si le salaire de base d’un mois dépasse ce seuil, les pourboires de ce mois sont soumis à cotisations et à l’impôt. Le mois suivant, l’exonération peut de nouveau s’appliquer si le salaire repasse sous le plafond.

Les pourboires par carte bancaire sont-ils exonérés de cotisations ?

Oui. Les pourboires laissés par carte bancaire, encaissés par l’établissement puis reversés au salarié, bénéficient de la même exonération que les pourboires en espèces. C’est même l’objectif principal du dispositif, adapté à la généralisation du paiement dématérialisé. Les cagnottes communes partagées entre le personnel de contact sont également éligibles.

Jusqu’à quand l’exonération des pourboires est-elle prolongée ?

La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) a prorogé le dispositif de trois ans, jusqu’au 31 décembre 2028. Créé en 2022, ce régime a donc été reconduit à plusieurs reprises. Les employeurs du CHR disposent ainsi d’une visibilité complète pour les exercices 2026, 2027 et 2028.

Un cuisinier peut-il bénéficier de l’exonération des pourboires ?

En principe non, car le dispositif vise les salariés en contact direct avec la clientèle : serveurs, barmen, personnel d’accueil. Un cuisinier ou un plongeur, sans contact client, n’entre pas dans le champ. Un partage collectif organisé au profit de l’ensemble de l’équipe peut toutefois exister : il doit alors être sécurisé au cas par cas et documenté.

Faut-il déclarer les pourboires exonérés en DSN ?

Oui, la déclaration reste obligatoire. Même exonérés d’impôt et de cotisations, les pourboires doivent figurer dans la déclaration sociale nominative (DSN) avec le code de rémunération adapté. Ils entrent dans le calcul du revenu fiscal de référence du salarié et du montant net social affiché sur le bulletin de paie. Les omettre expose l’employeur à un redressement.

La majoration « service compris » est-elle un pourboire exonéré ?

Non. Une majoration « service » ajoutée automatiquement à l’addition n’est pas un pourboire au sens du dispositif : elle constitue un élément de salaire soumis à cotisations et à l’impôt. Seules les sommes laissées volontairement par le client, en plus de l’addition, ouvrent droit à l’exonération. La distinction doit être claire dans la caisse et la comptabilité.

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